MAISON LITTÉRAIRE GEORGE SAND •
« Écoutez-ma vie, c’est la vôtre ». George Sand et l'Histoire de (s)a vie, par Hélène Montjean
« Écoutez-ma vie, c’est la vôtre », annonce George Sand dans Histoire de ma vie.
Les quelques mille cinq-cents pages de l’autobiographie de George Sand forment une immense fresque qui appartient aux chefs-d’œuvre du genre.
« C’est une série de souvenirs, de professions de foi et de méditations dans un cadre dont les détails auront quelque poésie et beaucoup de simplicité. » écrit-elle dans une lettre du 14 décembre 1847. On ne saurait mieux dire.
Quelques mois plus tôt, à quarante-deux ans, au faîte de sa carrière et de sa célébrité, elle avait entrepris d’écrire l’histoire de sa vie d’artiste, lui insufflant son génie de la narration et son amour de la poésie, « sa condition d’existence. »
Elle convoque le patrimoine familial et ressuscite les figures de son arrière-grand-père, Maurice de Saxe, de sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, et de son père Maurice Dupin, dont elle reconstitue la vie en véritable historienne, pendant près d’un tiers du livre.
Maurice Dupin de Francueil (1778-1808) en uniforme d’officier de l’armée impériale.
Peinture anonyme.
Domaine de Nohant-Vic.
Histoire de ma vie est aussi un roman d’amour sur ses parents, des épisodes de son enfance et ses déchirements affectifs ; sa vie de jeune fille, ses années au couvent et son mariage, sa vie familiale et intellectuelle, son métier d’écrivain.
Elle dresse une savoureuse galerie de portraits de ses amis mais garde un silence réservé sur ses amours – seul Chopin est brièvement évoqué.
L’écriture de ces pages l’occupe pendant près de huit années, avec une interruption douloureuse après l’échec de la révolution de 1848 et la fin de l’illusion lyrique : « J’ai beaucoup appris, beaucoup vécu, beaucoup vieilli durant ce court intervalle ».
George Sand, vers 1848, caricature signée Alcide-Joseph Lorentz, publiée dans le quotidien satirique « Le Charivari »
Lorsque le livre paraît en feuilleton dans La Presse, les lecteurs admirent ce portrait de soi d’une acuité exceptionnelle. Les collections de la Maison littéraire George Sand exposent l’édition originale en vingt volumes de ce monument des lettres, paru en 1854-1855, chez Lecou, avec un envoi manuscrit à son ami François Rollinat.
François Rollinat
« Notre amitié, c'est l'infini. Tout le reste c'est le temps, la terre, et la vie humaine. » déclare George Sand dans Histoire de ma vie à propos de François Rollinat (1806-1867).
Elle consacre une trentaine de pages à l’amitié exceptionnelle qui les unit, réunies sous le titre : « Mon chapitre de l'amitié moins beau mais aussi senti que celui de Montaigne ».
Celui qu'elle surnommait affectueusement "Pylade" a été, comme elle l'écrira plus tard à Flaubert, « [son] double en cette vie ».
« Si j'ai parlé beaucoup de Rollinat, c'est parce que cette amitié type a été pour moi l'occasion de dresser mon humble autel à une religion de l'âme que chacun de nous porte plus ou moins pure en soi-même. ».
François Rollinat était avocat à Châteauroux et fut élu député républicain de la IIe République. Mais le coup d’État de 1851 mit fin à sa carrière politique.
Entré dans la vie de George Sand en 1831-1832, il devint immédiatement son ami berrichon le plus cher ; il fréquentait assidûment Nohant, en voisin.
Son fils, le célèbre poète Maurice Rollinat, est prénommé comme le fils de George Sand. Celle-ci l’appréciait et le conseillait, lui vouant une amitié toute maternelle.
Hélène Montjean