livre

RENCONTRE

Entretien avec Beppe Manzitti, ami et traducteur d'Yves Bonnefoy - Exposition

Exposition Yves Bonnefoy, jusqu'au 30 avril 2026

Le grand collectionneur italien Beppe Manzitti a fait don à l’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud de l’intégralité de sa collection de livres et d’éditions originales du poète Yves Bonnefoy, son ami, dont il fut aussi le traducteur.

L’ensemble est composé d’une cinquantaine d’ouvrages : poèmes, traductions et essais qui sont désormais exposés dans les vitrines de l’hôtel à Paris. Beaucoup comportent de superbes envois et sont rassemblés dans une vitrine dédiée aux plus belles dédicaces.

Yves Bonnefoy (1923-2016) a été l’un de nos plus grands poètes français contemporain, et également un critique d’art et un traducteur. Une vitrine de l'exposition est consacrée aux éditions originales de ses poèmes publiées aux éditions Mercure de France.

Fervent admirateur de Rimbaud, à qui il consacrera plusieurs essais critiques, il garda toujours une importante activité de traducteur. Une autre vitrine est consacrée à ces traductions et à ses réflexions sur cet art.

Plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, il a reçu le grand prix de poésie de l’Académie française et le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre ; ses poèmes sont traduits dans une trentaine de langues.

Entretien avec Beppe Manzitti, qui viendra le samedi 21 mars 2026 à l'Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud, à l'invitation des Hôtels Littéraires, des Amis de Rimbaud et du Printemps des Poètes, présenter cette exposition.

HL - Comment avez-vous connu Yves Bonnefoy dont vous avez été l’ami, en plus d’être le traducteur ?

 BM - J’ai fait connaissance de Bonnefoy à Recanati fin juin 2000 quand on lui a décerné le prix Leopardi. À cette occasion, il prononça une lectio magistralis au Palais municipal de Recanati, le jour de l’anniversaire de la naissance du grand poète, le 29 juin. J’y étais invité en tant que collectionneur pour une exposition de livres rares et d’artistes de Bonnefoy. J’ai rencontré plusieurs poètes et critiques littéraires italiens de grande renommée qui s’étaient rendus pour l’occasion à Recanati.

En commençant par Mario Luzi (1914-2005) qui était alors Président du « Centre mondial de la poésie de Recanati », lié à Bonnefoy par une grande et longue amitié. Mario Luzi est l’un des grands poètes, écrivains, dramaturge et intellectuels de la littérature italienne du ‘900 qui quelques années plus tard sera nommé Sénateur à vie par le Président de la République Ciampi. Je deviendrai un ami très proche de Luzi grâce à deux épisodes très importants : le premier, étant ma découverte chez un libraire antiquaire de Firenze du manuscrit de ses premiers poèmes qu’il croyait perdus. Avec le soutien de la Regione Toscana et d’autres bienfaiteurs, le manuscrit fut acheté, puis publié sous le titre de Poesie ritrovate, en 2003. Un exemplaire de ce livre m’a été dédicacé avec ces mots : “Al caro Beppe trovatore fortunato ? Ma insomma benemerito di questo reperto adolescenziale e per di più cordialissimo amico. Mario”

     Le deuxième épisode fut le cadeau précieux qu’il m’offrit : sept poèmes inédits qui furent le texte d’un livre d’artiste, Vetrinetta accidentale publié par l’association “I Cento Amici del Libro” de Milano.

     J’ai revu Bonnefoy en 2001 à Lerici à l’occasion du Prix Lerici Pea qui lui fut octroyé pour sa carrière. Ce jour-là, Bonnefoy me proposa de déjeuner avec lui et avec le poète syrien Adonis. Je me souviens que j’étais assis, bouche bée en face de ces deux personnages inoubliables.

Autant Bonnefoy que Luzi ont été pressentis plusieurs fois pour obtenir le Prix Nobel à la littérature. 

 

HL - Sur quels ouvrages avez-vous travaillé ensemble en particulier, en tant que traducteur mais aussi en tant qu’éditeur ?

BM - Le premier que j’ai conçu était pour un éditeur de niche, mais très apprécié pour son catalogue, qui comptait déjà plusieurs ouvrages d’écrivains très connus pour leur accueil par la critique littéraire.

     La structure du livre que j’ai proposé à l’éditeur, Nicola Crocetti, ‘Interlinea Edizioni’, de Novara, Il corvo, (The Raven), d’Edgard Allan Poe (1809-1849), imprimé en 2006 en tirage limité à 999 exemplaires numérotés, et réédité en 2014, comprenait, après une courte introduction de ma part, un essai inédit de grande envergure d’Yves Bonnefoy (Il corvo e i suoi traduttori, Le Corbeau et ses traducters) le texte en anglais du poème, les deux traductions en français de Charles Baudelaire et de Stéphane Mallarmé, en regard l’une et l’autre.

     J’ai cru utile ajouter aussi une traduction en italien d’un écrivain, critique et poète lui-même, Ernesto Ragazzoni (1870-1920), rendue avec le style du temps, publié en volume en 1896, avec cinq autres poésies et deux proses de l’écrivain américain.

Ragazzoni, à nos jours presque oublié, avait été apprécié par Montale et Bonnefoy, en lisant sa traduction, la trouva de grand intérêt en y voyant la naissance de l’influence de Poe sur la poésie italienne.

     Le premier à reconnaitre et admirer le génie de Poe en France fut Baudelaire qui publia plusieurs essais et traductions de ses livres en prose les plus importants, mais seulement quatre poèmes parmi lesquels, Le Corbeau, qui paraîtrons en feuilleton, en 1853, sur le journal L’Artiste. Ensuite il publia, en 1859, sur la Revue française, une nouvelle traduction du poème sous le titre général Genèse d’un Poème avec la traduction de l’essai de Poe The Philosophy of Composition (1846), sous le titre Méthode de la composition. Ces deux textes sont eux aussi inclus dans le livre, traduits en italien.

     Quant à Mallarmé, on entre d’emblée, le cas échéant, dans le domaine du Livre de peintre. Sa traduction du The Raven, parut, en édition originale en 1875 dans un luxueux livre de grand format, in-folio, en emboitage, en feuilles sur papier Hollande, en tirage limité à 240 exemplaires numérotés et enrichi par six lithographies originales d’Edouard Manet. Sur les pages, le poème en anglais et la traduction mallarméenne sont placées en regard, l’une face à l’autre.

Le poète britannique A. C. Swinburne (1837-1909) s’exclama avec admiration : « Le premier poète américain se voit donc traduit deux fois, grâce à l’entente de deux artistes. » Ce chef-d’œuvre est, à juste titre, considéré l’un des précurseurs du Livre de Peintre une tradition artistique et littéraire qui a connu en France son essor le plus remarquable et éblouissant. Tous les dessins de Manet sont reproduits dans Il Corvo.

     La deuxième création éditoriale avec Bonnefoy fut un livre d’artiste sur des textes inédits qu’il m’avait offerts pour être publiés par une Association de bibliophiles, I Cento Amici del Libro, qui atteignait en 2009 son soixante-dixième anniversaire, son but étant de publier un livre illustré chaque année. Il se donna corps et âme pour la réussite de ce livre illustré. Je lui serais reconnaissant pour toujours pour son offre généreuse d’aide et d’amitié tout au long de ce travail d’édition. 

Et voilà l’histoire de cette longue et touchante période préparatoire :

  Bonnefoy avait choisi comme illustrateur Gérard Titus-Carmel qui vivait en campagne dans une ferme-atelier à Oulcy-le-Château, dans l’Aisne. J’y ai été deux fois en train avec Bonnefoy et sa femme américaine Lucy. Nous y passions une journée entière pour choisir ensemble les épreuves préparées par l’artiste, et pour un déjeuner préparé par sa femme, Joan, elle aussi américaine.

     Entre temps, nous nous rendions compte que le texte écrit, Deux Scènes, était trop court et je demandais donc à Bonnefoy de l’allonger et voilà, surprise inattendue, il en rédigea un deuxième auquel il donna le titre Pour mieux comprendre suivi d’une Note adjointe.

Il expliqua ainsi sa décision : « […] J’ai relu ce récit, ‘Deux Scènes’, quand j’ai eu le plaisir de suivre mon ami Beppe Manzitti dans sa tâche de traducteur. C’est qu’il m’a fallu considérer des phrases que je n’avais, si j’ose dire, qu’écrire. Et quel ne fut pas étonnement ! Elles m’apparaissaient sous un jour nouveau, et avec même des exigences que je ne soupçonnais pas que pussent avoir des simples mots s’éveillant, se dégageant des pages qui les couvraient. » 

Ensuite, toujours avec lui, nous nous rencontrions chez Tazé, l’imprimeur des six illustrations à l’aquatinte choisies. On ne parvenait pas à construire la pagination du livre entre textes et images et finalement ce fut Bonnefoy qui, sans hésitation, trancha la question : ici une page blanche, en regard une aquatinte …

  L’œuvre de Bonnefoy fut imprimée en deux tomes par l’imprimeur italien Tallone qui avait acheté les caractères typographiques ayant appartenu au grand typographe français Garamond. Le livre fut présenté au public le 18 mai 2009 dans un des hauts-lieux de Milano, le Chiostro del Bramante, bondé de monde, parmi eux, entre autres, Alberto Manguel. Bonnefoy se rendit à Milano pour l’occasion, il prit la parole avec beaucoup de reconnaissance pour la réussite de l’édition. On avait aussi invité Carlo Ossola, Professeur au Collège de France, un grand ami de l’auteur, à présenter le livre.

J’ai entretenu une longue correspondance pendant 10 ans avec Bonnefoy, confiée aux Editions Les Belles Lettres qui publieront l’entièreté des correspondances de l’auteur. À ce sujet, j’ai sélectionné un extrait parmi les centaines de lettres que nous nous sommes échangées, celui-ci concernant Deux Scènes : « Mon cher Yves […] Il s’agit d’un texte grandiose et d’une profondeur inouïe et je suis ravi d’avoir le privilège immérité d’être le premier à l’avoir sous les yeux et par la suite à pouvoir le traduire. »

     La revue culturelle Resine dont j’étais l’un des rédacteurs, a publié en 2002 deux numéros consacrés à la France sous le titre de « Douce France ». Dans le deuxième, apparaît ma traduction d’un poème en prose Les planches courbes déjà paru, illustré par des lithographies originales de Fahrad Ostovani (1998, Editions des Arts et Lettres.)

Pour le même numéro, j’ai écrit un essai avec plusieurs illustrations de ma collection de livres et de brochures : Censure et Résistance littéraire en France (1940-1944).

      L’année d’après, un autre numéro de la revue paraît, dont la couverture comprend une gravure de Pierre Alechinsky imprimée, avec d’autres, pour illustrer le texte Les traversées de Bonnefoy. Dans celui-ci, paraissent aussi trois poèmes inédits traduits en italien par mes soins et aussi la traduction italienne du poème L’arbre des rues inscrit sur le mur d’un immeuble de la Rue Descartes à Paris. J’ai également rédigé une bibliographie, arrêtée en 2003, de tous les livres illustrés par de nombreux artistes, s’appuyant sur les textes de Bonnefoy. Cette bibliographie est précédée d’un essai littéraire et historique, que j’ai aussi écrit.

 

 HL - Que pensez-vous des travaux d’Yves Bonnefoy sur Rimbaud et son intérêt pour ce poète ? Et de ses travaux dans la poésie contemporaine ?

   BM -  Lors de son allocution pour présenter officiellement le livre publié par ‘I Cento Amici del Libro’ avec le récit en prose inédit d’Yves Bonnefoy, ‘Deux scènes’, Carlo Ossola dans son discours, intitulé ‘Un beau matin’, s’exprima ainsi : « […]le Rimbaud qui, peut-être, s’embarqua à Genova pour toujours en novembre 1887, (est) le poète qui accompagne pendant ce 2009 l’écriture de Bonnefoy. ‘’Tout voyageur est enclin à rêver’’, mais Rimbaud et Bonnefoy ont ceci en commun - en songeant à l’Italie - : « Les Péninsules démarrées » (Le bateau ivre), péninsules qui ont levé l’ancre vers des «dépassements décisifs des apories de l’être » (Bonnefoy).

     Ossola rappelle ensuite (Délires II - Alchimie du verbe) cette phrase : « […] Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religions étouffées, révolutions des mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements […] ». Mais ce qui viendra après, rappelle encore Ossola, seront : le renoncement, la fuite à Londres (1873), en Allemagne, Java (1876), en Suisse, à Genova (1878), le départ pour l’Egypte, Chypre, l’exil fébrile et définitif entre Aden et Harar, jusqu’à son retour à Marseille, malade, épuisé, pour mourir dans sa terre natale, à 37 ans, le 10 novembre 1891.   

    Mario Luzi a introduit Rimbaud d’une façon admirable dans sa préface aux ‘Œuvres complètes’ (Gallimard-Einaudi, 1992) : « les choses entrent si subitement dans le poème que la perception précise de ses paroles est entièrement consumée ; les paroles sont toutes simplement habitées par les choses. »

Il n’y a donc, poursuit Ossola, aucun voyage, récit, ni mythe : mais seulement naufrage, car persiste le besoin métaphysique de la destinée inatteignable sans les vieilles barrières de la tradition européenne.

     Et en traçant la vie errante du poète, Ossola affirme d’être convaincu que Rimbaud ait employé toute son existence pour réaliser un seul poème, son ‘Bateau ivre’ : « Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème / De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, / Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême / Et ravie, un noyé pensif parfois descend » // « Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, / Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, / Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses / N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau » Une vie entière n’a pas été suffisante pour donner corps à ce poème : « J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles / Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur » // « O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer ! ».

     Pareillement, Bonnefoy dans ‘Deux scènes’ entreprend son voyage à rebours de son existence : « À moitié endormi ce voyageur qui s’est glissé hors de son hôtel au moment où le jour se lève pour se risquer dans des vieux quartiers, de Turin ou peut-être de Gênes, là ou se heurtent, front contre front, des lourdes façades de pierre […]. Qui habite donc ces palais ?».

Et encore : « Quel silence ? Mais ce n’est pas ce mot qui convient car pourquoi ne verrais-je pas qu’il y a toutes sortes de personnes, sur ce balcon, et qui se parlent, et même avec grande vivacité, bien qu’à faible bruit. […]. Et des figures, ah, ces figures, mais qui s’effacent si vite, à peine en ai-je quelque conscience ! […] Ah, souvenirs, souvenirs, que me voulez-vous, à ce moment de ma vie?[…]».

     Dans le deuxième volet de son œuvre pour ‘I Cento Amici del Libro’, écrit pour s’expliquer à lui-même, en creusant dans l’inconscient de sa mémoire, les raisons profondes de son rêve dans le palais, et pour lequel il avait choisi, pour cause, le titre ‘Pour mieux comprendre’, Bonnefoy dévoile son âme et reviens sur les souvenirs évoqués dans son songe : « J’ai fait la sorte de rêve, entée par une critique du rêve, que me suggérait l’Italie. J’ai été le voyageur encore mal éveillé qui se risque au petit matin dans le labyrinthe des signes du «centro storico» de ces villes […] Mais pourquoi fut-te surtout Gênes l’arrière-fond clairement perçu de ces pages qui ne cessèrent pas pour autant de me surprendre au moment même où je les vis prendre forme ? […] Qu’est-ce, en effet, que le soleil sur la mer, le soir, sinon la vie rencontrant la mort, mais déjà la pensée que demain la lumière à nouveau remplira le ciel […]?C’est clairement cette pensée qui traverse Rimbaud quand il écrit, dans un de ses poèmes les plus bouleversés d’espérance :

 

                                       Elle est retrouvée

                                      Quoi ? ---L’éternité.

                                      C’est la mer allée

                                      Avec le soleil,

 

     […] Et je commence même à comprendre plusieurs autres choses encore. Et tout d’abord la raison cette fois toute personnelle de ce balcon donc j’ai rapporté le sens à Gênes et aux spectacles de l’horizon. Si cette jeune fille et ce jeune homme sont l’un avec l’autre une image de mes parents, qu’est-ce donc cette balustrade devant des salons que je vois encore éclairés dans le jour qui proprement se lève ?[…]».

Les travaux de Bonnefoy ont marqué en profondeur la vie littéraire de la deuxième partie du siècle mais ils seront un point de référence et d’inspiration pour toujours : son œuvre est d’ores et déjà un classique de la poésie contemporaine, au par de Montale, de Neruda, de Saint-John-Perse, de Kafavis, d’Adonis et de Sylvia Plath.

    Mais on doit aussi bien donner une place fondamentale et incontournable à ses nombreuses études sur l’art, la littérature la traduction ainsi qu’à ses nombreux livres avec des artistes.

L’accueil de ses travaux a connu une résonance exceptionnelle dans le monde entier ; en Italie plusieurs de ses volumes ont été traduits et connu un succès de critique et de lecteurs. Le Professeur Fabio Scotto a édité un ‘Meridiano’ chez Mondadori de toute son œuvre poétique, enrichi d’un apparat critique, biographique-bibliographique complet qui sera le livre de référence pour tous les lecteurs et tous les lettrés à venir.

     Je voudrais terminer avec une note personnelle sur Bonnefoy et ses qualités humaines. Il se faisait toujours proche à ceux qui travaillaient avec et pour lui ; que se fusse un peintre, un imprimeur, un éditeur, un traducteur, il était toujours disponible à l’écoute et reconnaissant.

J’ai déjà parlé de notre entente sur les deux livres auxquels nous avions travaillé ensemble.

     Mais un beau jour il me demanda d’organiser un colloque à l’Istituto italiano di Cultura’ de Paris pour commémorer un éditeur italien qu’il aimait beaucoup, Enzo Crea, qui imprimait des livres sous le logo éditorial de ‘L’Elefante’. Il imprimait des livres de haute qualité et élégance que Bonnefoy aimait beaucoup à raisons du fait que la plupart était consacrés à la reproduction de monuments et d’autres haut-lieux historiques italiens. Nous avons invité au colloque, que j’ai conduit, un parterre de rois qui comprenait, entre autres, Marc Fumaroli, convié par Bonnefoy, qui avait lancée l’idée et donné du temps pour un ami disparu pour toujours.           

                                    

HL - Vous avez fait don de l’intégralité de votre collection de ses œuvres à l’hôtel littéraire Arthur Rimbaud, soit une cinquantaine d’ouvrages. Pourriez-vous nous présenter cette collection ? Quels sont les exemplaires les plus précieux à vos yeux, en tant que bibliophile, puis en tant que lecteur ?

  BM -  J’ai commencé ma collection en achetant moi-même ses livres dans des librairies parisiennes. En même temps, la librairie Gallimard, boulevard Raspail m’informait lorsqu’une nouveauté littéraire sortait en grand papier et j’en ai acheté un bon nombre de Bonnefoy. La plus grande partie m’était offerte chez lui avec ses envois lors de nos rencontres pour déjeuner ou, 100 mètres plus loin, lors de longs entretiens dans son bureau rue Lepic, dans le quartier de Montmartre.

   En tant que bibliophile, il faut toujours réfléchir non seulement aux différences qui existent pour chacun des livres, comme les détails qui caractérisent une édition, notamment la qualité du papier, les illustrations si elles sont présentes, le nombre d’impressions plus ou moins élevé, mais aussi sur la valeur littéraire de son contenu. En ce sens, je dirais que l’exemplaire le plus précieux à mes yeux est son premier livre : Le traité du pianiste, traduit aussi en italien Il trattato del pianista par un éditeur de grande renommée, Archinto, même s’il fut écrit dans sa courte période surréaliste.

   Trois de ses livres m’ont frappé en tant que lecteur, notamment L’arrière-pays et La poésie et les arts plastiques ainsi que Les planches courbes.

   Finalement, mon coup de cœur en tous points : Pierre écrite duquel j’ai dans ma collection de livres d’artistes, une sublime édition illustrée par Ubac.

 

HL - Certains envois sont particulièrement élégants ; quels sont vos préférés ?

BM - Mes deux envois préférés sont, pour d’évidentes raisons, les suivants :

« Pour Beppe 'le secret de la pénultième' ou une autre façon pour Mallarmé de retrouver (de traduire) Edgar Poe - en souvenir de notre "Corbeau" et avec grande affection, Yves »

« Pour Beppe Manzitti quand la 'Rue traversière' passe par Recanati avec ma pensée amicale Yves Bonnefoy, 1-7-00 »

Le premier me rappelle le livre Il Corvo et son essai, Le Corbeau et ses traducteurs, le deuxième m’évoque notre rencontre à Recanati, comme j’ai déjà écrit ci-dessus. Mon choix n’est en réalité pas entièrement dû à leur élégance au sens propre, mais surtout aux souvenirs, qui me rappellent le grand écrivain qu’il est et le don précieux de son amitié envers moi. En réalité, il y en a un troisième qui est très poétique et qui témoigne de la beauté de l’écriture de Bonnefoy :

« De nuit, devant le port de Brindisi, Volaient des anges porteurs de lampes et les feux,
Découvraient leur visage inverse sur la mer Pour Beppe Manzitti, son ami, Yves »
daté du 25 juin 2004 à Paris.

Propos recueillis par Hélène Montjean et Jacques Letertre

Site officiel – Tous droits réservés © Société des Hôtels Littéraires 2026 - Réalisation du site : Agence WEBCOM