Marcel Aymé à l’index après-guerre ? Par Michel Lécureur

HÔTEL LITTÉRAIRE MARCEL AYMÉ •

Marcel Aymé à l’index après-guerre ? Par Michel Lécureur

Marcel Aymé à l’index après-guerre ?
Par Michel Lécureur.

Après avoir  mis un terme à ses fonctions de secrétaire de la Société des Amis de Marcel Aymé, Jean-Pierre Belleville n’en poursuit pas moins ses recherches afin de toujours perfectionner ce qu’il sait de l’écrivain et de ses publications.

Il en est déjà résulté, en 2023,  la découverte d’une nouvelle, Dermuche, dans la revue Privilièges des Femmes, du 20 décembre 1945. En soi, la trouvaille n’enrichissait pas le corpus des œuvres de Marcel Aymé car Dermuche était bien connue depuis sa publication dans le recueil Le Vin de Paris. Mais on s’apercevait alors qu’elle avait été retenue par une directrice littéraire du nom de Lucie Aubrac. Tous ceux qui se sont quelque peu intéressés à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, connaissent bien ce nom, puisqu’il a été porté par une grande résistante. En conséquence, on pouvait penser que Marcel Aymé n’était en rien en liste rouge ou au  purgatoire en 1945, comme beaucoup l’ont dit, écrit et répété.

En poursuivant ses investigations, Jean-Pierre Belleville a trouvé, en 2026, que le premier numéro de la revue Die Umschau, parue à Mayence en septembre 1946 et diffusée dans le secteur français d’occupation avait proposé En Attendant à ses lecteurs. Là encore, il s’agissait d’un texte bien connu, puisque publié en 1943, en pleine occupation, dans le recueil Le Passe-Muraille, après l’avoir été dans la presse quotidienne, soumise à la censure allemande.

L’histoire met en scène une file de Parisiens, à la porte d’une épicerie de la rue Caulaincourt. Chacun déplore ses malheurs et quand arrive à l’un d’eux d’avoir à prendre la parole, il déclare : « Moi, je suis juif. » D’autre part, en 1946, Manès Sperber, directeur de Die Umsschau, avait rassemblé dans son équipe des hommes et des femmes qui avaient dû s’exiler pour fuir le nazisme ou qui avaient subi les camps de concentration. Une fois de plus, on pouvait en conclure que toutes ces victimes ne rejetaient pas Marcel Aymé après-guerre.

Plus récemment, Jean-Pierre Belleville vient d’ajouter une pierre à l’édifice qu’il construit en mettant en lumière un autre sort réservé à En attendant.

Le journal L’Humanité, organe du Parti communiste français, a publié le 10 mars 1951 un article intitulé : « Yves Montand, Noël-Noël, Danièle Delorme, Lily Bontemps chanteront lundi soir au gala du cinéma pour la paix. » Il complétait cette information en ajoutant que la compagnie Grenier-Hussenot interpréterait, en plus, « un sketch de Marcel Aymé » à la salle Pleyel, au cours de cette soirée « sous le patronage de L’Écran français et du Comité de la Paix du Cinéma.  […] Un véritable gala de l’Union des Artistes du cinéma. » Il s’agissait d’En attendant.

Ceux qui ont vécu cette période se souviennent de l’immense succès rencontré par le Mouvement pour la paix, que le parti communiste ne cessait de glorifier. Beaucoup d’artistes comme Yves Montand ou Simone Signoret ont cru en la sincérité des objectifs alors affichés et que résumait après-guerre la célèbre formule : « Plus jamais ça ».

D’ailleurs, ce couple d’acteurs a retrouvé ensuite Marcel Aymé quand Les Sorcières de Salem ont été portées à la scène, en 1954, dans une adaptation de l’écrivain. L’entente a même été si parfaite entre eux que l’auteur d’Uranus a ensuite commencé à écrire un scénario de film qui aurait eu Yves Montand comme acteur principal.

Les faits sont têtus. Pourquoi les nier et entretenir le doute sur Marcel Aymé ?

Michel Lécureur

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