Exposition « George Sand et Stendhal : une rencontre littéraire »
À l'occasion du Livre sur la Place, du 11 au 13 septembre 2026 à Nancy, l'Hôtel Littéraire Stendhal présente dans ses vitrines une exposition d'éditions originales, de livres rares et de manuscrits, autour de la rencontre littéraire entre Stendhal et George Sand et de leur influences réciproques.
Tout dans leurs origines sociales et géographiques, dans leur époque - l’un est né sous l’Ancien régime, l’autre sous l’Empire - devrait opposer Stendhal et George Sand.
Et pourtant, leur unique rencontre, en 1833, tient du coup de foudre amical « une liaison enjouée » dira Sand : elle était en partance, avec Alfred de Musset, pour son plus célèbre voyage, son grand périple italien qui devait l’amener à vivre six mois à Venise et Stendhal rejoignait son poste de consul de France à Civita-Vecchia.
À cette époque, Stendhal a déjà écrit, (dans l’indifférence quasi générale), De l’amour et Armance en 1827 et surtout avec plus de succès en 1830 Le Rouge et le Noir, trois livres que George Sand avait dévorés.
De son côté, elle avait acquis une immense notoriété avec Indiana paru en 1832, succès confirmé par Valentine la même année et Lélia en 1833. Au moins les deux premiers ont été lus par Stendhal et influenceront de nombreuses pages de Lucien Leuwen et de La Chartreuse de Parme.
Ils s’étaient rencontrés le 9 décembre 1833 sur le bateau à vapeur de la Compagnie générale de Navigation qui descendait le Rhône, de Lyon à Marseille.
George Sand trouva Stendhal un peu rustre (pris de boisson, il aurait dansé comme le montre le dessin de Musset) mais spirituel, intelligent et profond, ce qui aboutira au portrait suivant dans « Histoire de ma vie » :
« Un homme éminent d’une sagacité plus ingénieuse que juste.. d’un talent original et véritable ,écrivant mal et disant pourtant de manière à frapper et à intéresser vivement ses lecteurs ».
Si leurs chemins se séparèrent au bout d’une semaine, Musset et Sand continuant par la mer là où Stendhal préféré la route terrestre, leurs influences littéraires croisées furent considérables :
La plus spectaculaire se trouve dans le manuscrit de notre cher Lucien Leuwen conservé à la Bibliothèque municipale d’études et du patrimoine de Grenoble (fonds Stendhal R301). Ce manuscrit contient de très nombreuses annotations en marge, de la main de Stendhal, montrant les emprunts faits par lui à Indiana et surtout à Valentine. Dans Lucien Leuwen, Stendhal multiplie les marginalia relatives à Valentine « Voir George Sand pour les toilettes », p. 43 et p. 44 : « For me Là, Sand eut brillé » ; « relire quelques pages de Sand, la marchande de modes et arranger les toilettes ».
Stendhal. Manuscrit autographe de Lucien Leuwen. BM de Grenoble.
Déjà dans Indiana, on retrouve chez Sir Ralph une référence à « l’égoïsme bien entendu » cher à Stendhal. Comme le fait remarquer Henri-François Imbert, Benedict penché sur Valentine c’est Malivert à genoux à côté d’Armance.
Dans les Mémoires d’un touriste, Stendhal prend la défense de George Sand en s’en prenant violemment aux bourgeoises de Genève qui se scandalisaient de l’immoralité de George ; il ajoute : « Qu’est-ce que la littérature française pour la généralité des hommes qui lisent en Europe, sans George Sand et M. de Balzac ? » (tome 2, page 93).
Et pourtant comme le note Henri-François Imbert, on n’a retrouvé dans la bibliothèque de Sand que la Vie de Haydn et La Chartreuse de Parme.
Même goût chez les deux écrivains pour la politique : leurs romans baignent dans la Restauration et la Monarchie de juillet (les trois hommes d’Indiana, la lutte des noblesses dans Valentine, Julien Sorel et M. de Rênal, Lucien Leuwen, le ministère Martignac dans Armance).
Il y a également chez les deux une passion pour l’Italie, même si l’un préfère Milan et l’autre Venise et même si, comme le rappelle George Sand dans Histoire de ma vie, Stendhal se moquait beaucoup de « mes illusions sur l’Italie, assurant que j’en aurais vite assez et que les artistes à la recherche du beau en ce pays était de véritables badauds. »
Le lendemain Stendhal leur fit visiter en Avignon Notre dame des Doms et en particulier le Christ en bois qu’ils trouvèrent particulièrement laid.
Lors de cette soirée, plusieurs spécialistes considèrent que Musset et Stendhal ont évoqué leur lecture de Manon Lescaut et la nouvelle Vanina Vanini que Stendhal avait éditée en 1829. C’est sans doute cette influence qui a déterminé George Sand à écrire sur un thème voisin, le roman Leone Leoni qu’elle écrivit quelques mois après à Venise, reproduisant un titre proche de celui de Stendhal.
L’exposition organisée par l’Hôtel Littéraire Stendhal dans le cadre du Salon du livre sur la Place à partir du 11 septembre 2026 présente un ensemble unique d’éditions originales et de manuscrits de Stendhal et de Sand qui montrent leur étroite communion.
Les vitrines dévoilent les éditions originales d’Indiana et d’Histoire de ma vie qu’accompagnent les grands romans vénitiens de Sand : Consuelo, Jacques, Leone Leoni et Les Maîtres mosaïstes.
Alfred de Musset est représenté par sa correspondance avec Sand et ses Contes d’Espagne et d’Italie.
Stendhal a la part belle avec deux manuscrits d’époque, dont un solde pour compte de son éditeur Didot, et les éditions originales de De l’amour, de La Chartreuse de Parme et des Mémoires d’un touriste.
On trouve même le bel hommage littéraire de Prosper Mérimée intitulé HB (pour Henri Beyle, dit Stendhal), lui qui eût la chance de bien connaître les deux écrivains.
Exposition de manuscrits, de livres rares et d’éditions originales.
Hôtel Littéraire Stendhal, Nancy.
Du 11 septembre 2026 au 11 janvier 2027
Entrée libre entre 11h et 18h.