MAISON LITTÉRAIRE GEORGE SAND •

Sur les pas de George Sand et des écrivains de Bordeaux

Portrait de George Sand par Auguste Charpentier, 1838.

© Musée de la vie romantique, Paris.

 

Pour marcher sur les traces de George Sand et d’Aurélien de Sèze à Bordeaux, l’un des lieux les plus évocateurs est sans doute le splendide hôtel particulier ayant appartenu à la famille de Sèze, situé au 12 rue de la Devise.

Nous avons eu la chance d'en pousser la porte cochère, en compagnie de notre guide, Agathe Rivière Corre, bien connue des habitants de l'endroit.

Une plaque apposée dans la cour intérieure conserve le souvenir des Sèze, non loin d’une autre rappelant que cette demeure vit aussi la naissance de l’écrivain Jacques Rivière en 1886.

Sa petite-fille Agathe Rivière-Corre, notre guide bordelaise, perpétue le souvenir de ce grand critique littéraire qui fut le tout-puissant directeur de la Nouvelle Revue française, en même temps que l'ami et le beau-frère de l'écrivain Alain-Fournier.

Elle œuvre avec passion dans l’association des Amis de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier (AJRAF).

On pourra ensuite se rendre au Grand-Théâtre, siège de l’Opéra national, lieu de nombreuses sorties et rendez-vous d’Aurore et d’Aurélien à Bordeaux entre 1825 et 1830.

La jeune femme était déjà passionnée de musique et d’opéra, comme elle le mettra en scène dans son roman Consuelo. Quant au port de Bordeaux, il est le lieu d’embarquement vers toutes les aventures, dont celle d’Indiana vers l’Île Bourbon, ancien nom de La Réunion.

Vue d'une partie du port et des quais de Bordeaux dits des Chartrons et de Bacalan, par Pierre Lacour Père. 1804-1806. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

Deux amusantes coïncidences complètent ce parcours sandien.

À l'angle de la rue des Bahutiers et de la rue du Cancéra, le promeneur lira deux plaques en hommage à Flora Tristan (1803-1844), femme de lettres franco-péruvienne, syndicaliste féministe avant l’heure, grand-mère de Gauguin et contemporaine de George Sand.

Brigitte Krulic, récente biographe de George Sand (Gallimard, 2026), a également consacré un ouvrage à Flora Tristan (Gallimard, 2022). Elle souligne les nombreux points communs entre les deux femmes.

Plus radicale et extrême dans ses opinions politiques, et vivant dans une grande pauvreté, Flora Tristan combat elle aussi pour l'émancipation des femmes. Mais Sand n'appréciait guère cette possible rivale, qu'elle trouvait bien trop théâtrale. Pourtant, elle l'aida financièrement à accomplir son tour de France et s'inquiéta après sa mort du sort de sa fille, dont elle voulut aider au mariage.

Les passionnés iront également se recueillir au n°57 de la rue de l’Intendance, siège de l’Institut Cervantes, devant la plaque à la mémoire du peintre Francisco de Goya (1746-1828), arrivé à Bordeaux en 1824.

Son génie inspira beaucoup les romantiques, en particulier Eugène Delacroix et George Sand. Son fils Maurice, réalisa une série de croquis copiés d’après les célèbres Caprices de Goya.

Maurice Sand, Carnet de 38 dessins d'après les Caprices de Goya.

© Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Quelques curieux ne manqueront pas de continuer leur promenade sur les traces des fameux 3M, dont les adresses, plaques et autres statues sont nombreuses à Bordeaux : Michel de Montaigne (1533-1592), génial auteur des Essais et deux fois maire de Bordeaux, dont le gisant est visible au musée d’Aquitaine.

Cénotaphe de Michel de Montaigne. Bordeaux couvent des Feuillants, 1593, calcaire.

Collection du musée d’Aquitaine.

Charles de Montesquieu (1689-1755), baron de La Brède, auteur des Lettres persanes et De l’Esprit des lois, a marqué la ville de son empreinte, tout comme François Mauriac (1885-1970) dont la propriété de Malagar se visite à 50km de là.

Plus confidentiels mais tout aussi intéressants sont les écrivains et poètes de la « génération perdue », engloutie par la Grande Guerre.

Le plus célèbre d’entre eux, Jacques Rivière (1886-1925), ne doit pas faire oublier le poète Jean de la Ville de Mirmont, mais aussi le couple formé par André Lafon et Jean Balde (alias Jeanne Alleman).

René Maran (1887-1960) est le premier Antillais à recevoir le prix Goncourt en 1921 pour son roman Batouala.

Saint-John Perse (1887-1975), le célèbre écrivain-diplomate, a mis en vers la ville de Bordeaux, à l’instar de Francis Jammes (1868-1938) qui y séjourna dans sa jeunesse et Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) avant eux.

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