Dans ses précédents romans, Jules Verne avait déjà salué des héroïnes au caractère bien trempé comme Paulina Barnett dans Le Pays des fourrures et Lady Glenarvan dans Les Enfants du Capitaine Grant, ou donné une place centrale à Helena Campbell dans Le Rayon vert. Avec la publication de Mistress Branican en 1891, voici le seul ouvrage de Jules Verne dont le titre rend hommage à une figure féminine en lui conférant une place d’honneur sans partage.

  Pour écrire ce livre, Jules Verne a été inspiré par l’histoire de la femme du capitaine John Franklin, disparu en 1848 avec tout son équipage dans les glaces du pôle au cours d’une expédition chargée de découvrir le mythique passage du Nord-Ouest et d’explorer la mer Arctique. Lady Franklin consacrera sa vie et sa fortune à financer des campagnes de recherche pour son mari et de nombreux indices du naufrage seront découverts.

On se souvient peut-être que cette aventure tragique avait inspiré Jules Verne pour son premier roman, Voyages et aventures du capitaine Hatteras (1866).

 

 

  À partir du port californien de San Diego, le capitaine John Branican s’embarque pour son premier commandement à bord du navire le Franklin à destination de Calcutta. Après quelques semaines, leur bateau disparaît mystérieusement et plus personne n’aura de nouvelles du jeune capitaine et de son équipage. Pendant ce temps, une série de drames s’abat sur la famille Branican lorsque son épouse Dolly perd la raison après que leur enfant âgé de quelques mois se soit noyé accidentellement. Elle reste de longues années perdue dans sa folie, surveillée de près par le mari de sa cousine, l’inquiétant Len Burker qui espère hériter de sa fortune.

  Heureusement, la jeune femme finit par revenir à elle et organise aussitôt des expéditions pour retrouver son mari en affrétant un nouveau navire, le Dolly-Hope. Après des recherches infructueuses dans les îles de la Malaisie, le capitaine Ellis fait une nouvelle campagne dans la mer de Timor et trouve les traces du naufrage du Franklin et les tombes de certains membres de l’équipage sur l’île Browse, proche de la côte australienne. Tout espoir semble désormais anéanti de retrouver d’éventuels survivants. C’est alors que le second du Franklin, Harry Felton, est retrouvé épuisé et mourant non loin de Sydney et peut donner à temps les informations les plus précieuses sur le sort du capitaine John, désormais seul survivant mais prisonnier d’une tribu d’indigènes nomades dont lui-même avait réussi à s’échapper.

 

 

  Lady Branican, qui n’a jamais douté de retrouver son mari vivant, décide d’organiser une troisième expédition – terrestre cette fois, qui l’entraîne avec quelques amis dévoués et un jeune garçon qui ressemble étrangement à son fils perdu, dans les régions désertiques et inhospitalières de l’Australie.

La caravane, partie d’Adélaïde, traverse l’Australie méridionale en suivant la ligne télégraphique établie en 1872 jusqu’à Alice Springs puis bifurque vers l’ouest pour traverser une des parties les plus méconnues à l’époque, le Grand Désert de Sable et la Terre de Tasman.

Grâce aux cartes qui nous permettent de suivre les péripéties géographiques des voyageurs, à ses dialogues savoureux et aux coups de théâtre dont il a le secret, Jules Verne nous emmène une nouvelle fois à la découverte de cette île-continent, à la suite de cette femme si courageuse qui affronte un à un tous les dangers de ces régions australiennes : le manque d’eau, les fourmis blanches, la mort des chameaux, le simoun, les trahisons, etc.

 

 

 

  Pour l’écrivain Julien Gracq, « [les héroïnes verniennes] prennent sur elles une tâche que les hommes ont abandonnée et se proposent des travaux d’Hercule à leur manière. […] Ce sont des héroïnes au sens propre, par leurs travaux, par leur détermination, et même par une espèce de virilité ».

 

Un excellent roman de Jules Verne à découvrir.

 

Hélène Montjean

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