On peut disputer pour savoir quel est le plus grand chef-d’œuvre de Jules Verne : Vingt Mille lieues sous les mers ? L’île mystérieuse ? Voyage au centre de la terre ? Michel Strogoff ? Le Château des Carpathes ?

   Nulle doute que Le Tour du monde en quatre-vingts jours ne fasse partie du trio de tête. Il reste l’un des plus célèbres romans de l’écrivain pour avoir, le premier, mis en scène des héros accomplissant semblable exploit au moment où il devenait possible avec le percement du canal de Suez et la jonction du chemin de fer américain, Ocean to Ocean.

Désormais, les prétendants à une nouvelle performance, réelle ou littéraire, seraient relégués au rang d’imitateurs.

Mais l’idée géniale de Verne fit tout de même des émules qui parcoururent la terre dans l’idée de battre le record de Phileas Fogg.

Jean Cocteau est l’un des plus célèbres. Il accomplit le voyage entre mars et mai 1936 et son reportage paraît en feuilleton dans Paris-Soir du 1er août au 3 septembre, illustré de photographies, avant d’être repris en un volume publié chez Gallimard en février 1937 sous le titre Mon premier voyage (Tour du monde en 80 jours) où il raconte les anecdotes de son itinéraire comme sa rencontre avec Charlie Chaplin. “La poésie géographique fait l’unité et la continuité du livre” selon la formule de Jean Touzot.

 

Mais la première à renouveler l’exploit des héros verniens fut la journaliste américaine Nellie Bly, dix-sept ans après, pulvérisant leur record en soixante-douze jours ! Il est vrai que nous étions alors en 1890 et les correspondances étaient certainement facilitées par un plus grand nombre de trains et de paquebots à la disposition des usagers.

De son vrai nom Elizabeth Jane Cochrane (1864-1922), la jeune femme était déjà célèbre pour ses reportages clandestins et considérée comme une pionnière du journalisme d’investigation. Elle avait notamment écrit pour le New York World de Joseph Pulitzer un reportage racontant son immersion d’une dizaine de jours dans un asile psychiatrique féminin. L’histoire fit scandale et modifia considérablement les pratiques inhumaines pratiquées dans ces établissements.

 

 

 

Elle raconte son nouvel exploit dans un livre devenu un classique de la littérature journalistique, Le Tour du monde en soixante-douze jours (Points, 2017) sans omettre sa rencontre avec Jules Verne et son épouse à Amiens. L’écrivain se montra particulièrement cordial pour recevoir la jeune femme à qui il montra son bureau et ses manuscrits ; il refit même avec elle le trajet de Phileas Fogg sur la carte murale.

 

 

Il envoya un billet enthousiaste à L’Écho de la Somme en février 1890 pour saluer la victoire de sa protégée, en réponse à la dépêche de la journaliste l’informant de sa victoire.

«  Amiens, 25 janvier
Jamais douté du succès de Nellie Bly, son intrépidité le laissait prévoir.
Hourra ! Pour elle et pour le directeur du World !
Hourra ! Hourra ! »

— Jules Verne

 

 

Plus tard, pendant la Première Guerre mondiale, elle se rendra dans les tranchées et sera la première femme correspondante de guerre des États-Unis.

Chaque année, le New-York Press Club décerne un prix à son nom pour récompenser les travaux des jeunes journalistes.

 

Hélène Montjean

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